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Ma vérité est-elle ta vérité ?


Ou n’est-elle qu’un reflet de moi, projeté sur toi, comme une ombre confuse sur le mur de ton existence ?

Ma vérité est-elle ta vérité ?
Ma vérité est-elle ta vérité ?

Car ce que je crois être bon pour toi, je le vois à travers mes yeux, ma mémoire, mes blessures, mes rêves.
Mais toi, tu es autre. Tu es un monde que je ne peux pas entièrement saisir.

Ai-je le droit de penser pour toi ?
Sans doute puis-je penser à toi, m’inquiéter pour toi, vouloir ton bien.
Mais penser à ta place, c’est effacer ta voix, c’est croire que mon regard est plus juste que ton vécu.
Or nul ne connaît mieux ton chemin que tes propres pas.

Et si ce que je dis, que je crois bon, te blesse ?
Alors peut-être que mon « bien » n’est pas ton bien.
Peut-être que ma vérité, même sincère, n’est qu’une pierre lancée trop fort, au nom de l’amour, mais sans la douceur de l’écoute.
Car toute vérité offerte sans tendresse devient un couperet.

Devons-nous alors nous taire ? Ne plus rien dire ?
Non.
Mais parlons comme on tend une lampe :
Non pour aveugler, mais pour éclairer.
Non pour imposer, mais pour offrir un regard, un miroir.
Et surtout, laissons à l’autre la liberté d’y voir… ou non.

Avons-nous une vérité à dire aux autres ?
Oui, mais pas à crier.
Une vérité qui se murmure, qui se propose, qui se dépose avec respect sur la table du dialogue.
Une vérité qui reconnaît sa propre limite, et qui sait s’effacer devant le silence, devant le refus, devant le mystère de l’autre.

Car chaque être humain est une vérité en devenir, une voix singulière dans le concert de l’existence. Et vouloir parler à sa place, c’est risquer d’étouffer la mélodie qu’il porte.